mardi 16 août 2016

Saint Bennon



Vie de notre père parmi les saints
Bennon (Benoît, Benedictus, Benno)
( 940 A.D.)
Fête le 3/16 août
Saint Bennon, était originaire de Souabe. Parent du roi de Bourgogne Raoul, il fut chanoine de Strasbourg, puis il se retira au désert à quelques lieues de Zurich, dans une solitude, où saint Meinrad avait jeté, quarante-trois ans auparavant, les fondements d'un monastère de ce qui allait devenir l’abbaye d’Einsiedeln. Dans le recueillement de ce lieu, sa nourriture consistait en quelques herbes et quelques baies, celle de l’âme plus abondante n’était que prière et ascèse. Des disciples vinrent partager avec lui cette vie hautement spirituelle, et défricher les forêts à l’entour. 

« La foi doit porter des fruits de vie, pour diriger l’ascète vers la vie éternelle, » dit la tradition monastique. Bennon et ses disciples marchèrent à grands pas dans cette voie de la perfection chrétienne. Le seigneur de la contrée, voyant leur sainte vie, leur donna un terrain inculte dont ils tirèrent le meilleur parti; ils rebâtirent la chapelle détruite et construisirent quelques cellules qui devinrent la célèbre abbaye de Notre-Dame-des-Ermites d’Einsiedeln.


Ainsi, il  se forma autour du saint homme une nombreuse communauté, qui ne
suivit pour règle que la vie exemplaire de saint Bennon, jusques au temps où, plus tard, on y introduisît la règle de Saint-Benoît. L'abbaye de Seckingen donna l'île d'Uffnau, dans le lac de Zurich, en fief à Einsiedlen.

Bennon avait quitté le monde dans le dessein de n'y jamais rentrer. Il avait trouvé dans son désert un ample dédommagement de tous les sacrifices qu'il avait volontiers acceptés, lorsque l'empereur Henri l'Oiseleur vint l'en arracher pour l'élever sur la cathèdre de Metz. Ce prince, ayant entendu parler de la sainteté de Bennon et des grandes qualités que chacun admirait en lui, le nomma pour gouverner l'Eglise de cette ville. 

Le serviteur de Dieu ne se rendit qu'avec peine à la proposition de l'empereur « l'idée de procurer la gloire de Dieu dans cette charge éminente, pouvait seule l'y faire consentir » dit un de ses biographes. Il quitta donc son monastère en 923. Ses disciples furent inconsolables de cette perte; mais Bennon calma leur douleur en leur faisant entendre qu'il les reverrait un jour.

Bennon, s'appliqua avec le zèle d'un apôtre à guérir les plaies de son Eglise, qui était en grand désordre, désordre qui avait motivé l’Empereur pour lui en confier la charge. Mais un peuple ingrat et indocile n'est pas facile à diriger sur la voie du salut et l’hostilité que ces ouailles nourrissaient contre lui ne put être vaincue par les vertus insignes et obvies du saint hiérarque. Bennon n'opposa à la violence qu'on lui témoignait que la douceur et la sainteté de sa vie: nuit et jour il priait le Christ de lui donner  de la patience, pour triompher des âmes rebelles de ses ouailles. Malgré l'hostilité que lui marquait son troupeau, le vertueux évêque s'éleva avec force contre les vices qui dominaient dans son Eglise. Alors, en 927, quelques scélérats que son zèle évangélique avait révoltés, se saisirent de lui et lui crevèrent les yeux, « le mutilant ensuite d'une manière honteuse ».

Bennon supporta ces agissements cruels avec le courage d'un martyr et malgré le fait qu’il connaissait ses agresseurs, il ne voulut jamais en tirer vengeance, en les dénonçant à la justice de l'Empereur : il demanda même leur grâce. Le concile de Duisbourg lança une sentence d'excommunication contre les auteurs de cet attentat, et les fit punir selon les lois qui étaient en usage à cette époque. Le bienheureux hiérarque du Christ renonça à son évêché et reprit la route de sa solitude. Ses anciens disciples le reçurent avec vénération et le considérèrent comme un martyr. 

Bennon considéra cette épreuve du Ciel comme une faveur que lui faisait le Seigneur, puisque, perdant la vue corporelle, Dieu lui offrait les moyens de s'avancer plus encore dans la voie de la vertu. Il ne consacra alors sa vie qu’aux actes de piété et aux œuvres ascétiques pendant la période de plus de dix ans qu’il lui restait à vivre.

Il ne cessa montrer l'exemple saint d'une entière soumission à la volonté divine. Un de ses biographes note : Il pouvait dire dans le même esprit qu'autrefois le grand Apôtre « Qui me séparera jamais de l'amour de Jésus-Christ? Couronnes, richesses, plaisirs, j'ai foulé aux pieds vos charmes; et vous, tribulations, tentations de toute espèce, afflictions de corps et d'esprit, vous ne sauriez ébranler ma constance et toi, mort, qui parait si redoutable, je méprise tes coups, ils ne m'effraient pas, parce que j'espère en un plus fort que toi en celui qui a défait ton empire et qui t'a enlevé ta proie. » 

Jamais Bennon ne se plaignit du triste état où l’avait réduit son infirmité. Ses occupations continues étaient spirituelles; les moines le consultaient souvent sur leur avancement dans la perfection.

Le pieux hiérarque souffrit, vers la fin de ses jours, de diverses infirmités en plus de ses souffrances, mais au milieu des douleurs les plus fortes, on l'entendit souvent prononcer ces paroles remarquables « Seigneur, augmente mes souffrances, mais accorde-moi la patience ». Il se prépara calmement à la mort dans un saint et bel entretien continuel avec Dieu.

Enfin, après avoir été pendant de longues années le modèle vivant de toutes les vertus pour ses disciples, entouré de leur amour, dans les bras de saint Evrard (voir sa vie au 14/27 août), il rendit son âme bénie au Seigneur, le 3 août 940. 


Saint Bennon, prie Dieu pour nous !

*

Ton 5

Tropaire à saint Bennon, 
moine puis évêque de Metz
et moine à nouveau
(  940 A.D.)

*
Tu cheminas vers le saint Royaume,
Comme moine d'abord, puis on te fit évêque*
Pour redresser l'Eglise au diocèse de Metz.*
Des scélérats t'aveuglèrent et te mutilèrent*
Mais tu leur pardonnas et tu redevins moine.*
Saint Bennon, toi qui es bon, prie Dieu pour nos âmes!

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Claude Lopez-Ginisty