samedi 29 octobre 2016

Saint Gall


Vie de notre père parmi les saints 
Gall, moine et higoumène
( 646)


fête le 16/29 Octobre

Saint Gall, disciple le plus célèbre de saint Colomban, naquit vers le milieu du VIème siècle (551), en Irlande. 

Ses parents le confièrent dès sa jeunesse au monastère de Bangor, où il fut éduqué par les saints Comgall et Colomban. Ce monastère était fort renommé pour son école dont l'excellence allait de pair avec la grande piété de ses moines. Le jeune Cellach qui devait devenir Gall, s'y rendit très expert en poésie et en Écriture sainte. 

Le jugeant digne de ce redoutable office, saint Colomban éleva Gall au sacerdoce, et après une longue période d'ascétisme, ayant eu la bénédiction de saint Comgall, il décida, de l'emmener, avec onze autres moines, pour prêcher la parole de Dieu hors de la verte Irlande. Père Colomban et ses douze disciples allèrent d'abord en Angleterre, puis ils passèrent en France vers l'an du Seigneur 585. Grâce à la bienveillance d'un roi franc, ils s'installèrent à Annegray, dans les Vosges, où ils fondèrent une communauté monastique. Par le rayonnement spirituel de l'higoumène Colomban, les disciples affluèrent. 

Vers 590, saint Colomban fonda avec saint Gall une nouvelle communauté à Luxeuil, ville thermale qui avait été totalement dévastée par les Huns. Dans une vieille maison en ruine, une chapelle, puis un monastère furent construits où encore une fois des disciples nouveaux se présentèrent, attirés par la sainteté évidente de l'higoumène. 

Le monastère s'agrandit, les moines abondèrent, et la renommée du lieu fut telle - dit la chronique -, que le roi Thierry, fils de Childebert, venait souvent visiter le saint père Colomban et ses disciples. L'higoumène, cependant, n'avait pas du tout de complaisances hypocrites pour les grands de ce monde. Il reprit sans discontinuer le roi Thierry, de ce que, méprisant son épouse légitime, il s'abandonnait à l'amour adultère coupable de ses concubines. 

Thierry avait beaucoup de déférence pour le saint moine, et cela alarma au plus haut point sa mère. Celle-ci, Brunehaut, voyant que Thierry estimait saint Colomban, craignit qu'il ne se range à ses doctes conseils, répudiant ses concubines pour n'aimer plus que son épouse légitime, et de ce fait, diminuant le pouvoir qu'elle avait comme reine-mère, à cause de l'éloignement de sa bru. 

Elle décida d'éloigner saint Colomban. Elle fit donner ordre au saint de quitter le royaume, ce qu'il fit avec saint Gall, compagnon de toutes ses peines et de toutes ses joies, et avec quelques moines. 

Ils partirent vers 610 dans les états de Théodebert, alors roi d'Austrasie, dont la résidence était à Metz. 

Ils parcoururent ensemble toute l'Allemagne, avec mille peines et mille persécutions. « Dès qu'ils s'établissaient en un lieu, dit la chronique, le Malin, qui savait ce qu'il devait craindre, suscitait des gens pour les rechasser dans un autre lieu. » Enfin, le pieux Villemar, prêtre d'Arbonne, près du lac de Constance, leur assura un lieu de retraite à Bregentz. Ils s'y construisirent des cellules et entreprirent immédiatement de convertir les païens de la région. Ils réussirent même à les persuader de briser leurs idoles pour les jeter dans le lac. 
Deux moines moururent, martyrisés par ceux de ces païens qui restèrent dans les ténèbres de l'ignorance. Les corps de ces deux martyrs furent placés sous l'autel de l'abbaye d'Angia-Major ou Brigantina, plus tard appelée Mererau en Souabe. 

Thierry étant devenu roi d'Austrasie après avoir tué Théodebert au combat, saint Colomban décida d'aller en Italie, demandant à saint Gall de venir avec lui. Ce dernier, fortement malade, demanda à rester à Bregenz. Cette maladie faisait que pour la première fois, il ne pouvait obéir à son père spirituel et le suivre. La chronique nous dit que saint Colomban, qui avait décidé d’accomplir ce voyage, lui permit de demeurer à Bregenz, lui donna sa paix, mais il lui enjoignit très fermement de ne plus jamais célébrer la Divine Liturgie tant que lui, Colomban, serait en vie. 

Saint Colomban partit donc pour l'Italie vers l'année 612. 

Sa santé rétablie, saint Gall remonta le lac avec quelques compagnons et ils construisirent des cellules pour s’abriter des éléments. Ce sont ces cellules qui sont à l'origine du monastère de Saint-Gall tel qu'il exista ensuite…
Il apprit la langue du pays et convertit une telle quantité d'idolâtres, qu'il reçut le titre d'apôtre de Constance. Il accomplit également beaucoup de miracles et de guérisons. La fille du duc Gouzon (ou Gunzon), était possédée. Notre bon saint la délivra du Malin, et le duc voulut donner un évêché à saint Gall. Mais ce dernier refusa toujours les honneurs et les positions dans l’Eglise. La chronique mentionne aussi que le duc voulut lui donner beaucoup d'or, et que le saint ne put refuser, mais il s'en débarrassa promptement en le donnant aux pauvres. Et comme un diacre lui montrait un vase qu'il voulait garder pour s'en servir à l'autel, saint Gall lui répondit : « Non, ne le garde point, il faut pouvoir dire avec saint Pierre : je n'ai ni or, ni argent. » (Actes 3 :6). 

Le jour d'une grande fête, après les matines, saint Gall eut la révélation que son saint père Colomban venait de mourir. Il en avertit sa communauté et ils célébrèrent un office de funérailles. Puis il envoya un de ses moines s'assurer de ce qui était arrivé. Le moine revint avec la nouvelle de la mort de saint Colomban confirmée, et une lettre des moines de ce saint higoumène. 

Cette missive expliquait qu'avant de mourir, celui-ci avait recommandé que l'on donne son bâton abbatial à son disciple Gall en signe d'absolution pour son manquement à le suivre en Italie. 
Saint Gall versa d'abondantes larmes, car jamais il n'avait cessé d'aimer son père Colomban, et il lui avait obéi jusque là, ne célébrant point la Divine Liturgie comme le lui avait demandé son maître, et refusant pour cela les évêchés qu'on voulait le forcer d'accepter. Son saint père Colomban l'avait en cela préservé dans cette rude vie monastique qui était si chère au cœur des moines irlandais. 

Saint Gall ne quittait sa cellule que pour aller prêcher la Bonne Nouvelle : il s'attachait à l'évangélisation et à l'instruction des plus humbles, des plus misérables des hommes, puis il repartait dans son ermitage. Comme notre père parmi les saints, Séraphim de Sarov, il avait pour ami un ours qui lui rendait fréquemment visite et lui apportait quelquefois son bois !  Cet ours figure d'ailleurs toujours dans les armes de la ville de saint Gall, jusques à ce jour, et ce, en mémoire du saint ermite. 

Comme notre père Séraphim de Sarov également, il passait des jours et des nuits en prières ardentes et dans la méditation constante de la parole de Dieu. 

La chronique dit que le pieux roi Sigebert, fondateur de nombreux monastères (il est compté parmi les saints et fêté le premier février), avait une grande vénération pour saint Gall, et que sa fille refusa un mariage qu'on lui proposait pour devenir moniale auprès de son monastère. 

En 625, saint Eutase, higoumène de Luxeuil, mourut, et ses moines choisirent saint Gall pour lui succéder. Cependant, le monastère de Luxeuil était devenu trop riche et notre père craignait la richesse comme la peste. L'importance numérique des moines fut certainement aussi ce qui incita saint Gall à refuser et à rester en son propre ermitage. 



Saint Gall dirigeait ses moines selon la règle sévère de saint Colomban. Cette
règle monastique très stricte était fondée sur l'obéissance absolue, le silence, le jeûne et l'abstinence. Elle était complétée par un code pénitentiel 
qui prévoyait des peines extrêmement dures pour tout manquement à la règle monastique. 

Le seul écrit de saint Gall que nous possédions est un sermon qu'il prononça pour le sacre de son disciple Jean, lorsque celui-ci devint évêque. On avait d'abord proposé cette charge à saint Colomban qui l'avait refusée et avait recommandé Jean, son diacre, lequel fut élu à l'unanimité à la fonction épiscopale. On trouve le texte de ce sermon dans les Lectiones Antiquæ de Canisius. 

Saint Gall mourut après une courte maladie, le 16 octobre de l'an de notre Seigneur 646. La chronique mentionne qu'il avait atteint l'âge vénérable de 95 ans. Cette chronique qui, étayée par d'autres documents anciens, est à l'origine de cette relation de la vie de saint Gall, fut écrite par Vualfrid ou Walafride Strabon qui fut moine du monastère de Saint Gall, puis higoumène d'un monastère du diocèse de Constance (Il mourut en 849, soit deux siècles environ après la mort de saint Gall, et c'est au monastère de ce dernier qu'il recueillit les pieux souvenirs de sa vie). 


Saint Gall, prie Dieu pour nous !

*

Tropaire Ton 8

Disciple de saint Colomban venu en Gaule,*
Tu fondas avec lui l'abbaye de Luxeuil,*
mais quand il partit en exil en Italie,*
Malade, tu restas près du Lac de Constance*
Où ton ermitage devint un monastère.*
Saint Gall supplie le Christ d'avoir pitié de nous!

Claude Lopez-Ginisty

mardi 25 octobre 2016

Saint Pantale

Saint Pantale est dans la barque, au milieu du lac.
*
Vie de notre père parmi les saints
Pantale, évêque et martyr de Bâle
( circa 453)
Fête le 12/25 octobre
Saint Pantale (ou Pantalus), fut le premier évêque de Bâle en Suisse et il gagna le Ciel par le martyre.
 Son histoire est liée aux traditions de Sainte Ursule et de ses compagnes.
 Il les aurait accompagnées à Rome, et au retour il aurait été martyrisé avec elles par les Huns le 12 octobre à Cologne, vers 453.
Ses reliques furent placées dans la cathédrale de Cologne, mais son chef précieux, fut donné à la cathédrale de Bâle où on le vénéra jusques à sa disparition lors des ravages et profanations impies dus à la Réforme.

Saint Pantale, prie Dieu pour nous !

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Ton 4

Tropaire à saint Pantale

Hiérarque-Martyr à Cologne
dont le chef se trouve à Bâle(Nathalie circa 453 A.D.)


Tu Fus le premier hiérarque en ville de Bâle:*
Tu accompagnas sainte Ursule et ses compagnes*
Lors de leur pèlerinage en ville de Rome.*
Au retour , tu subis le martyre à Cologne,*
Avec les vierges qui accompagnaient Ursule.*
Saint Pantale, prie le Christ de sauver nos âmes!




Claude Lopez-Ginisty

samedi 15 octobre 2016

Saint Ursicin




Vie de notre père parmi les saints
Ursicin
Higoumène du monastère de Disentis
puis évêque de Coire
( 760 A.D.)
Fête le 2/15 octobre
On sait peu de choses de Saint Ursicin (Ursicinus): il fut moine, puis higoumène du monastère de Disentis en Suisse, et il  deviendra évêque de Coire. Mais attiré par la vie solitaire, il résignera ses fonctions en 758 pour se retirer dans un ermitage de la région où il naquit au Ciel le 2 Octobre 760.

Saint Ursicin, prie Dieu pour nous !
*
Ton 4

Tropaire à saint Ursicin

(Natalice en 760 A.D.)


Ta vie fut souvent cachée aux yeux de ce monde:*
Tu vécus dans la prière et l'ascèse en Dieu.*
Tu fus moine au monastère de Disentis*
Avant de siéger sur la cathèdre de Coire,*
Et résignant ta fonction, tu finis ermite.*
Saint Ursicin, prie le Christ de sauver nos âmes!



Claude Lopez-Ginisty

jeudi 13 octobre 2016

Saint Ours et Victor

Gravure  représentant saint Ours

Vitrail représentant saint Victor
à Ollon (VD)

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Vies de nos pères parmi les saints
Ours et Victor
( circa 286/288)
Fête le 30 septembre/ 13 octobre
Les saints  Ours et Victor appartenaient tous deux à la Légion thébaine décimée à Agaune (voir aussi la vie de Saint-Maurice), ils partirent à Soleure avant le massacre des martyrs d’Agaune, aujourd'hui Saint-Maurice, dans le Valais. 
Là, ils furent arrêtés par le gouverneur et devaient être brûlés car ils ne voulaient pas sacrifier aux faux dieux romains. Cependant, un fort orage, par une pluie violente, éteignit le feu de leur bûcher. Alors Histacus le gouverneur,  les fit décapiter près de la rivière Aar. Les corps et les têtes churent dans l'eau, « nagèrent » miraculeusement vers une baie où les chrétiens les prirent pour leur donner une sépulture chrétienne. 
Leurs sainte reliques, autrefois partagées entre Genève [couvent saint Victor] et Soleure reposent à présent dans la cathédrale Saint-Ours de Soleure. 

Saint Ours et Victor, priez Dieu pour nous !
*
Ton 6

Tropaire aux saints 
Ours et Victor


(Natalice en 286/288 ? A.D.)


Rescapés de la légion thébaine d'Agaune*
Vous êtes partis pour aller prêcher le Christ*
A ceux qui gisaient dans les ténèbres païennes.*
Pris par le tyran et condamnés  à mort,*
Vous fûtes martyrs au bord de la rivière Aar.*
Saints Ours et Victor, priez le Christ pour nos âmes!


Claude Lopez-Ginisty


mardi 11 octobre 2016

Saint Salonius de Genève


Tous les saints d''Helvétie ( D. Aymonier-Lopez)
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Vie de notre père parmi les saints
Salonius de Genève
(Vème siècle)
Fête le 28 septembre/ 11 octobre
Fils d'Eucher de Lyon et de son épouse Galla, saint Salonius naquit vers 405. Il était  frère de saint Véran de Vence. Vers 415, il partit vivre avec sa famille, aux îles de Lérins, où saint Honorat venait de fonder la célèbre communauté monastique. 
Il fut éduqué par les saints Salvien, Vincent de Lérins et Hilaire, plus tard évêque d'Arles. Saint Eucher, son père,  après une période où il vécut en ermite dans le Luberon, devint Métropolite de Lyon. Il assista au Concile d'Orange de 441 avec son fils Salonius, qui après avoir été moine de Lérins, fut appelé comme évêque de Genève. Salonius participa également au Concile de Vaison en 442 et au concile d'Arles de 451. 
Son père Eucher lui dédia ses Instructions à Salonius, Livre II (Instructionum ad Salonium libri II), commentaires de textes bibliques. Son ancien précepteur saint Salvien lui dédia son Du gouvernement de Dieu (De gubernatione Dei), publié vers 439. On possède peu d’autres détails que ceux-ci sur sa vie, on ignore la date de sa mort.
On lui attribue des commentaires bibliques, dialogues où il répond à son frère saint Véran sur les enseignements moraux du Livre des Proverbes et de l'Ecclésiaste (Expositio Mystica in Parabolas Salomonis et in Ecclesiastem).
Saint Salonius est commémoré le 28 septembre.

Saint Salonius, prie Dieu pour nous !

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Ton 4

Tropaire à saint Salonius de Genève,
(Natalice en 469 A.D.)

A l'âge de dix ans tu allas à Lérins*
Œuvrant sous la conduite de saint Honorat,*
Ayant pour maîtres saint Hilaire et saint Vincent.*
Etant hiérarque de la ville de Genève,*
Tu gouvernas l'Eglise avec grande sagesse.*
Saint Salonius prie le Seigneur Christ pour nos âmes!


Claude Lopez-Ginisty


mercredi 5 octobre 2016

Saint Antonin

Portrait dans l'Eglise de Plaisance

Vie de notre père parmi les saints Antonin
de la Légion Thébaine,
† 285/286 A.D.
Fête le 22 septembre/5 octobre
Martyrisé avec saint Maurice et ses compagnons à Agaune, Il est particulièrement honoré à Plaisance et à Rouen en l’église Saint-Victrice où saint Ambroise de Milan envoya ses reliques.

Saint Antonin prie Dieu pour nous !
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Saints Maurice et ses compagnons


Vie de nos pères parmi les saints
Saint Maurice et ses compagnons
( 285-286 A.D.)
Fête le 22 septembre/ 5 octobre
Au temps où Maximien partageait l’empire avec Dioclétien, les armées romaines comprenaient une légion de soldats qu'on appelait les Thébains car ils venaient de Thèbes en Egypte pour renforcer l'armée de Maximien. La légion était un corps de six mille six cents hommes. C'étaient de bons guerriers dans les combats, « d'un courage magnanime, d'une foi plus magnanime encore », rendant fidèlement à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César. Ils reçurent la mission de poursuivre des chrétiens et de les amener devant l'empereur. Ils refusèrent et répondirent qu'ils n'obéiraient pas à de tels ordres. Maximien s'était arrêté à Octodurum, aujourd'hui Martigny, à l'entrée de l'Entremont, sur la Dranse. Quand on y vint lui annoncer qu'une légion rebelle refusant ses ordres, s'était arrêtée à Tarnade, appelé depuis Agaune,[1] il eut un violent accès de fureur, et tout bouillant de colère, il ordonna qu'elle soit décimée pensant que sous la terreur, certains céderaient à ses volontés et accompliraient son dessein impie. 
Ainsi, aussitôt après la première exécution, il réitéra ses ordres pour contraindre ceux qui restaient en vie à poursuivre les chrétiens. Dès que ce nouvel ordre fut communiqué aux Thébains, tous crièrent que jamais ils ne se prêteraient à cet acte impie, et qu’ils étaient résolus de tout souffrir plutôt que de trahir leur foi chrétienne. Cette réponse rendit Maximien, plus cruel qu'une bête sauvage, alors il ordonna qu'on les décime pour la seconde fois et que l'on contraigne ceux qui restaient de se plier à la loi. Lorsque cet ordre sanguinaire parvint au camp pour la seconde fois, les soldats du Christ furent inflexibles dans leur résolution et, on frappa le dixième des restes de la légion. Cependant les soldats que la mort avait épargnés, s'encourageaient mutuellement à persévérer dans leur attitude de fermeté. 

Parmi ces héros de la foi orthodoxe en terre d’Helvétie, étaient saint Maurice leur chef, saint Exupère, intendant du camp, et Candide, prévôt des soldats. 
Saint Maurice les exhortait tous à rester fermes dans leur foi, en leur montrant l'exemple des martyrs leurs compagnons d'armes qui venaient de rejoindre les célestes milices du Christ. Ils envoyèrent une députation à Maximien, lui disant : 

« Empereur, nous sommes tes soldats, mais en même temps, et nous nous faisons gloire de le confesser hautement, nous sommes les serviteurs de Dieu. A toi nous devons le service militaire; à lui l'hommage d'une vie innocente. De toi nous recevons la solde de nos travaux et de nos fatigues; de Lui nous tenons le bienfait de la vie. C'est pourquoi nous ne pouvons, ô empereur, t’obéir jusques à renier le Dieu Créateur de toutes choses, notre Maître et notre Créateur, qui est aussi le tien, que tu le veuilles ou non. Ne nous réduis pas à la triste obligation de L'offenser, et tu nous trouveras comme nous l'avons toujours été, prêts à suivre tous tes ordres. Autrement, sache que nous Lui obéirons plutôt qu'à toi. Nous t’offrons nos bras contre l'ennemi que tu voudras frapper, quel qu'il soit, mais nous tenons que c'est un crime de les tremper dans le sang des innocents. Ces mains savent combattre contre des ennemis et contre des impies; elles ne savent point égorger des amis de Dieu et des frères. Nous n'avons pas oublié que c'est pour protéger nos concitoyens, et non pour les frapper, que nous avons pris les armes. Toujours nous avons combattu pour la justice, pour la piété, pour le salut des innocents. Jusqu'ici, au milieu des dangers que nous avons affrontés; nous n'avons pas ambitionné d'autre récompense. Nous avons combattu, par respect pour la foi que nous t’avons promise; mais comment pourrions-nous la garder, si nous refusions à notre Dieu celle que nous Lui avons donnée ? Nos premiers serments, c'est à Dieu que nous les avons faits; et ce n'est qu'en second lieu que nous t’avons juré de t’être fidèles. Ne compte pas sur notre fidélité à ces seconds serments, si nous venions à violer les premiers. Ce sont des chrétiens que tu ordonnes de rechercher pour les punir; mais nous sommes chrétiens, nous, et nous voici; tes vœux sont satisfaits, et tu n’as plus besoin d'en chercher d'autres; tu as en nous des hommes qui confessent Dieu le Père, l'Auteur de toutes choses, et qui croient en Jésus-Christ son Fils comme en un Dieu. Nous avons vu tomber sous le glaive les compagnons de nos travaux et de nos dangers, et leur sang a rejailli jusque sur nous. Cependant nous n'avons point pleuré la mort, le cruel massacre de ces bienheureux frères; nous n'avons pas même plaint leur sort; au contraire, nous les avons félicités de leur bonheur, nous avons accompagné leur sacrifice des élans de notre joie, parce qu'ils ont été trouvés dignes de souffrir pour leur Seigneur et leur Dieu. Quant à nous, nous ne sommes pas des rebelles que l'impérieuse nécessité de vivre a jetés dans la révolte; nous ne sommes pas armés contre toi par le désespoir, toujours si puissant dans le danger. Nous avons des armes en main, et nous ne résistons pas. Nous aimons mieux mourir que de donner la mort, périr innocents que vivre coupables. Si tu fais encore des lois contre nous, s'il te reste de nouveaux ordres à donner, de nouvelles sentences à prononcer, le feu, la torture, le fer ne nous effraient pas; nous sommes prêts à mourir. Nous confessons hautement que nous sommes chrétiens et que nous ne pouvons pas persécuter des chrétiens ». 

Maximien comprit leur résolution et l’inflexibilité de leur foi en Christ. Il décida donc de faire périr d'un seul coup toute la légion. Et la glorieuse milice thébaine mourut sans une plainte pour la foi chrétienne. 

La terre fut recouverte des cadavres de ces saintes victimes, et leur sang innocent y coula en longs ruisseaux. Ainsi périt cette légion vraiment angélique. 

Les corps des martyrs d'Agaune furent découverts suite à une révélation par saint Théodore évêque de Martigny en Valais. Il fit alors ériger en leur honneur une basilique adossée d'un côté à un énorme rocher, et le peuple chrétien vint y vénérer les saintes reliques des soldats du Christ. Et des miracles auréolèrent sans discontinuer leur gloire céleste en des manifestations insignes de la Grâce de Dieu, par des guérisons et des conversions sans nombre.

La vénération des saints martyrs se répandit comme une vague dans le monde chrétien : en témoignent les nombreuses cités dans le monde qui furent nommées d’après le martyr du Christ Maurice. 
Certains soldats de la légion, ayant miraculeusement échappa au massacre, portèrent se firent missionnaires de l’Evangile, et périrent aussi en martyrs de la foi. Nous les retrouverons à Soleure, et ailleurs en Suisse.

Le grand prélat saint Martin est témoin en son temps de la ferveur qui entourait la vénération des saints martyrs d’Agaune. Il avait une grande  dévotion à ces glorieux martyrs, il se rendit donc à Agaune pour avoir de leurs reliques; mais n'ayant pu en obtenir une première fois, des moines qui possédaient ce lieu, il se transporta à l'endroit où ils avaient enduré la mort, à Vérolliez (id est le vrai lieu [du martyre] près du Rhône). Et là, après avoir fait une fervente prière, il prit un couteau et en ôta, en forme de couronne, un morceau de terre. Aussitôt il en sortit du sang en abondance, qu'il reçut dans un vase apporté exprès pour cela, et en laissa une partie à Agaune avec ce même couteau; il apporta le reste à Tours, et le distribua ensuite à plusieurs églises, particulièrement à sa cathédrale et à celle d'Angers. Il en conserva seulement pour lui une petite fiole, qu'il porta toujours depuis par dévotion, et avec laquelle il voulut être enterré. 
Récemment, l’higoumène d’un monastère du Patriarcat de Moscou en Europe occidentale, fit découper un carré de cette terre des martyrs qu’il transféra dans son monastère.

Patron des soldats, ceux-ci l'invoquent avec saint Georges, pour obtenir la victoire par la force de leur intercession. **

Saint Maurice, et vous tous les martyrs d’Agaune, priez Dieu pour nous !

*


Saint Maurice et la Légion Thébaine
(église de Verroliez [Vrai Lieu] 
près du champ du martyre)

Ton 4

Tropaire à saint Maurice d'Agaune,
(Natalice en 286 A.D.)

Soldat du Christ, tu combattis le bon combat,*
Tu refusas de poursuivre les innocents*
Et tu donnas ta vie avec tes compagnons*
Plutôt que de renoncer à ta foi chrétienne.*
Ô saint Maurice, intercède auprès du Seigneur,*
Afin qu'Il nous accorde Sa grande mercy!
+



Claude Lopez-Ginisty




[1] Saint-Maurice actuel : Agaune vient de l’ancien celtique Acaune et signifie rocher!
* D’après Les Petits Bollandistes